Boule de cristal

 

VOYANCE ET DIVINATION

Des astrologues depuis la nuit des temps

L'Alchimie dispose d'un langage sophistiqué et riche en images. Celui qui ne connaît pas la "langue des oiseaux", autrement dit la science des symboles, aura sans doute bien des difficultés à s'y retrouver.

L'Astrologie contemporaine

Sans grande prétention, voici quelques éléments de base qui vous permettront de mieux appréhender les fondements de l'alchimie et ses principales opérations. Si vous souhaitez approfondir concrètement la "Sainte Science", nous vous invitons à télécharger les ebooks faisant autorité en la matière et à consulter les différents articles qui alimenteront régulièrement cette rubrique.

 

Qu'est-ce qu'un voyant ?

Apparu dans le vocabulaire français au milieu du XVIème siècle, on trouve ce nom commun dérivé du participe présent du verbe voir dans la Bible comme synonyme du mot « prophète ».
Plus généralement, il désigne une personne douée de seconde vue.

Si la « première vue », celle qui vient des yeux, n’est a priori pas contestable, celle qualifiée de « seconde » amène à se poser différentes questions dont les plus simples sont : d’où vient-elle ? A-t-elle un organe générateur ? Est-ce un inné ou un acquis ? Ou encore, plus prosaïquement, existe-t-elle réellement ou n’est-ce qu’une supercherie de charlatan ?

Le très sérieux Institut métapsychique international (www.imi.org) étudie depuis près de quatre-vingts ans les phénomènes paranormaux, dont ceux qui se rapportent à la voyance à savoir les perceptions extrasensorielles, la clairvoyance, la télépathie ou encore la précognition. Il analyse ces phénomènes pour en comprendre les mécanismes internes et leur donner une explication rationnelle. De ses travaux, il ressort que la capacité de « voyance » est protéiforme, qu’elle diffère d’une personne à une autre, voire d’un moment à un autre.

Cette approche scientifique n’a que peu de chose à voir avec le personnage populaire du voyant qui fait métier de lire le passé et de prédire l’avenir par divers moyens si ce n’est qu’au départ, il existe – ou il est supposé exister – une perception « extra-ordinaire ».

Nonobstant toute rationalité, les hommes cherchent depuis toujours à savoir de quoi sera fait l’avenir. A grand renfort d’holocaustes, de transes, de fumigations et autres rituels, les Anciens qu’ils soient égyptiens, grecs, romains, arabes, sumériens ou chinois ont eu recours aux divinations à des fins tant personnelles que politiques, voire stratégiques. Elles semblent répondre à une angoisse existentielle primordiale et ontologique et il n’est que dans la Bible où elle se heurte à un interdit : « […] il ne se trouvera chez toi personne pour faire passer par le feu son fils ou sa fille, interroger les oracles, pratiquer l’incantation, la magie, les enchantements et les charmes, recourir à la divination ou consulter les morts. » (Deutéronome, 18. 10,11). Aimable paradoxe, au Moyen Age, on avait recours aux sorts des saints, qui s’obtenaient en ouvrant au hasard les saintes Ecritures.

Au cours des âges, la voyance s’est appuyée sur divers vecteurs, à commencer par l’observation des étoiles et des phénomènes astraux, astrologie qui a donné naissance à une science plus que jamais contemporaine : l’astronomie. D’autres pratiques divinatoires, appelées mancies, cohabitent : l’oniromancie est la divination par les rêves, l’aéromancie s’appuie sur les phénomènes de l’air, la pyromancie interprète les mouvements des flammes et l’hydromancie, ceux de l’eau. La cartomancie, technique très pratiquée aujourd’hui, met en œuvre les cartes, tandis que l’astrogalomancie a recours aux dés. La léconomancie utilise des pierres précieuses, l’alphitomancie est en rapport avec la farine, la rhabdomancie, avec les baguettes, la cléidomancie utilise les clefs et l’anthropomancie, les entrailles humaines. Quant à la géomancie, elle interprète l’aspect de la terre. Notons au passage que la physiognomonie, que d’aucuns considèrent comme une véritable science, étudie les lignes du visage et prédit les destins individuels ou, à tout le moins, les traits marquants du caractère. Mentionnons également le Yi King, basé sur la philosophie taoïste et qui s’exprime par des jeux d’hexagrammes dont la signification est en partie révélée dans un ouvrage de métaphysique attribué à l’empereur chinois Fo Hi, le Livre des transformations (« yi king », en chinois).

Le voyant peut s’appuyer sur le procédé de son choix pour répondre aux demandes de ceux qui viennent le consulter, il n’en demeure pas moins doté d’une spécificité intérieure qui doit transcender l’outil. La voyance n’est pas un art divinatoire mais un phénomène extrasensoriel. On peut être un excellent tarologue sans pour autant être voyant. Mais on « voit » indépendamment de toute technique.

Mais qu’est-ce que « voir » ? David Mocq explique qu’il s’agit de visions claires, nettes, de scènes précises et qu’il est capable de décrire avec exactitude les lieux, les couleurs, les personnages qui les meublent. Cela n’a rien à voir avec l’intuition, qui est un sentiment instinctif, un pressentiment de ce qui va arriver. La voyance s’effectue sans support, elle vient directement du cerveau et, comme nous l’avons dit plus haut, est scientifiquement encore très mal connue.

Il n’y a pas de « bon » ou de « mauvais » voyant. La qualité et la fréquence de ses visions dépendent de sa forme physique, mais aussi de la relation subtile qui s’établit nécessairement entre son consultant et lui-même. Les révélations vont également être passées au filtre de son interlocuteur, qui attend du praticien des résultats en fonction de critères qui lui sont propres. Un « bon » voyant pour l’un ne le sera pas nécessairement pour l’autre.

La boule de cristal

L’imagerie populaire place la boule de cristal face à une « madame Irma » enturbannée, voyante extralucide de fête foraine capable de retrouver un objet perdu, de désigner un coupable ou de prédire l’avenir. En réalité, elle est l’instrument d’un art divinatoire complexe : la cristallomancie, ou l’art de lire dans les surfaces lisses et réfléchissantes, dont l’une des variantes est la catoptromancie, la divination par les miroirs.

A l’origine, on utilisait de l’eau : un étang paisible, une flaque immobile. Il semble que les Perses de l’Antiquité furent les premiers à se servir d’un speculum, un objet réfléchissant pour prédire l’avenir. Dès lors, on a utilisé des objets aussi hétéroclites qu’une omoplate de mouton, un chaudron bien lisse, des braises, la lame d’une épée ou encore un ongle de pouce poli, voire un bol de sang.

Le cristallomancien ne « voit » pas dans la boule de cristal comme sur un écran se dérouler le futur. Comme dans toutes les mancies, il faut qu’il ait un véritable don (voir notre article « qu’est-ce qu’un voyant ?).  La véritable boule de divination est un cristal de roche taillé, donc opaque, et non un produit manufacturé translucide. Au même titre que tout autre objet, elle n’est que le simple déclencheur d’une  « vision » ou d’un « flash ». Le praticien se concentre fortement sur elle, forçant son regard à ne pas s’arrêter en surface mais à plonger à l’intérieur, parvenant ainsi peu à peu à un état de conscience modifié.

En revanche, le cristal, par sa grande pureté, capte aisément la lumière ambiante, surtout si elle est faible ou tamisée, les ombres et les reflets. Elle est ainsi susceptible de faire apparaître aux yeux de l’utilisateur des images venues de son subconscient, qu’il interprète ensuite. Il est susceptible d’y déceler des couleurs, voire des vapeurs qui se déplacent et qui lui faudra, par la suite, interpréter.

Au XIVème siècle, le mystique soufi Ibn Khaldoun décrit brièvement le procédé de catoptromancie : « Le devin regarde la surface jusqu'à ce qu'elle disparaisse et qu’un rideau de brouillard s'installe entre lui et le miroir. C’est sur ce rideau que les silhouettes qu'il désire voir se forment d'elles-mêmes. » Certains devins emploient des enfants ou des jeunes filles vierges pour se concentrer sur leur speculum. Leur pureté est supposée leur donner une meilleure vision spirituelle alors que les moins jeunes possèdent la sagesse nécessaire à son interprétation. Spartien (IIIème siècle) rapporte que l’empereur Julianus avait recours à la divination au moyen d’un miroir placé derrière la tête d’un enfant. C’est le principe de la Pythie de la Grèce antique.

Comme toutes les mancies, la cristallomancie est interdite par l’Eglise : « Il ne se trouvera chez toi personne pour faire passer par le feu son fils ou sa fille, interroger les oracles, pratiquer l’incantation, la magie, les enchantements et les charmes, recourir à la divination ou consulter les morts. » (Deutéronome 18.10-11). Dans son article sur le livre de prières du roi de Bohème Wladislas (www.staropolska.pl/sredniowiecze/opracowania/Lang.html), Benedek Lang donne de nombreux exemples de cristallomancie et de catoptromancie relevées au Moyen Age, y compris chez des ecclésiastiques. Ces pratiques mantiques connaissent leur apogée probablement avec Nostradamus (1503 – 1566), qui utilisait un bol d’eau placé sur un trépied, pour ensuite décliner jusqu’à ne plus être que des attractions foraines.

En 1910, le peintre surréaliste britannique John Melville publie un manuel pratique, Crystal Gazing and the Wonders of Clairvoyance (Kessinger Publishing, 1994) Il y décrit la boule de cristal idéale : « Le cristal doit faire environ 4 cm de diamètre ou avoir au moins la taille d’une petite orange. Il doit être ceint dans un cadre d'ivoire, d'ébène ou de buis bien ciré, ou bien posé sur un pied en verre ou en cristal. » Il indique par ailleurs les noms mystiques à graver en lettres d’or : Tétragrammaton au nord, Agla au sud, Emmanuel à l’est ou Adonay à l’ouest. Le pied porte le nom de Saday. « Personne, hormis le propriétaire, ne doit manipuler le cristal ou le miroir au risque de mélanger les magnétismes et détruire sa sensibilité. D’autres personnes peuvent y regarder, mais en aucun cas le toucher. […] Lorsque la surface est sale ou souillée, il convient de la nettoyer avec une eau légèrement savonneuse, de bien la rincer, ou de la laver avec de l'alcool ou du vinaigre mélangé de l'eau, puis de la faire briller avec un tissu en velours doux ou une peau de chamois. […] Le magnétisme permet à la surface du miroir du cristal de collecter les informations et de se charger de l'éther universel, l’esprit se comporte alors comme s'il basculait dans l’univers et la surface du cristal devient le médium. »

Les Tarots

L’origine du mot est aussi mystérieuse que le jeu lui-même. Antoine Court de Gébelin (1719 – 1784), pasteur protestant, occultiste et franc-maçon, estimait qu’il venait d’une expression égyptienne, Ta-Rosch, qui signifie « science d’Hermès ». Ainsi était-il dessiné la voie royale qui mène de l’homme à l’initié et de l’obscurité à la lumière de la Connaissance. Il affirmait que le jeu, ou du moins ses vingt-deux lames dites « majeures », remontait au temps des pharaons et qu’il aurait été transmis aux hommes par le dieu Thot, messager de ses pairs, également considéré comme l’inventeur de l’écriture.

Ce raisonnement, très en vogue au XVIIIème siècle, s’appuie sur plusieurs éléments que nous pouvons résumer de la façon suivante : Thot était identifié par les Grecs au dieu Hermès. Sous le nom d’Hermès Trismégiste (trois fois grand), s’est développée une abondante littérature grecque concernant l’astrologie et les sciences occultes, les vertus secrètes des plantes et des pierres et une magie fondée sur ces connaissances. A côté de ces traités magico-religieux se développa, sous le même nom, une littérature philosophique importante. Durant l’empire romain, ces textes ont été réinterprétés, notamment par l’École d’Alexandrie en Égypte à la lumière de la philosophie grecque, en particulier celle de Pythagore et de Platon. Les écrits les plus fameux qui sont parvenus jusqu’à nous, à savoir l’Asclepius et le Corpus Hermeticum, sont datés de 100 à 300 après J.C.

Au IIème siècle, les érudits croyaient fortement à la sainteté et à la pureté des Anciens, estimant que les premiers penseurs étaient plus proches des Dieux que leurs successeurs, d’où la forte résurgence du pythagorisme. L’époque vénérait donc par-dessus tout les Egyptiens, considérés comme des ascètes étant à l’origine de toute sagesse et dont les temples fonctionnaient encore. L’engouement qu’ils suscitaient était conforté par les descriptions relevées dans l’Asclepius des procédés utilisés pour animer les statues des dieux et, surtout, par l’émouvante prophétie annonçant la fin de leur antique et mystérieuse religion.

Lactance au IIIème siècle et Augustin au IVème siècle, deux honorables Pères de l’Eglise, ont cautionné sans réserve cette idée, séduits par les analogies étonnantes qui résident entre certains textes comme le Poïmandrès et les écrits bibliques tels la Genèse en particulier pour ce qui concerne la création du monde. Rappelons que Moïse lui-même était supposé avoir reçu son éducation des Egyptiens. Il aurait transmis sa Connaissance divine sur la création et l’organisation du monde et du Cosmos à son peuple notamment par l’intermédiaire d’un « alphabet » de vingt-deux lettres. Eliphas Lévi affirmera, beaucoup plus tard, que chacune d’entre elles correspond à une lame majeure du tarot. 

C’est ainsi que l’Egypte et sa religion furent confondues avec la religion hermétique du Cosmos. A la Renaissance, la redécouverte des mystérieux recueils d’Hermès Trismégiste traduits en italien par le religieux Marcile Ficin pour Cosme de Médicis, fit croire aux érudits qu’ils disposaient d’un témoignage authentique de la philosophie et de la magie égyptiennes remontant à la plus haute antiquité. Un nom mythique associé à des révélations gnostiques et des traités et recettes magiques, l’aval prestigieux des Pères de l’Eglise : il n’en fallait pas plus pour en faire un personnage véritable, un prêtre égyptien de la plus haute antiquité ayant écrit lui-même tous ces ouvrages.

Les vingt-deux lames majeures du tarot  représentent, symboliquement, les principes régissant le monde et le Cosmos énoncés dans le Corpus Hermeticum et le chemin de l’Homme à travers ces réalités transcendantes. C’est un traité de philosophie en images, procédé mnémotechnique très en vogue à l’époque et ce, depuis la fin du Moyen Age.

Le jeu peut avoir plusieurs compositions, de cinquante-deux à soixante dix-huit cartes. Les plus passionnantes sont, sans conteste, les vingt-deux lames majeures, dites aussi triomphes ou « arcanes » car leur signification profonde est cachée. Inspirée de l’ésotérisme chrétien, elles décrivent les principales forces qui doivent gouverner les hommes afin qu’ils parviennent à la sagesse. Elles expliquent le lien qui existe entre « ce qui est en bas », l’homme, et « ce qui est en haut », le Divin.

Le Bateleur est un jeune homme debout devant une table. Il tient une baguette en sa main gauche levée, symbole de l’évolution de la matière. Sa main droite, munie d’une pièce d’or, est dirigée vers le bas et représente l’esprit qui pénètre la matière. Il représente, globalement, tout principe d’activité. Sa tête est coiffée d’un chapeau à larges bords dont la forme évoque le lemnicat, signe représentant l’infini : c’est l’intelligence sans limite. La table, devant lui, n’a que trois pieds, ceux du monde visible, le quatrième étant dans le monde invisible). Sur cette table, la besace est destinée à contenir ce que la Bateleur va acquérir au cours de sa vie ; les poids vont peser les événements, les dés représentent le hasard et la chance. Couteau, pièces, gobelet et baguette évoquent les quatre éléments : feu, terre, eau et air.

La Papesse est assise, hiératique et silencieuse. Son manteau bleu, couleur de la spiritualité, recouvre la force et la vitalité représentée par sa robe rouge. Sa tiare à trois étages symbolise les trois étapes qui mènent à la Connaissance, le livre ouvert sur ses genoux. Derrière elle, un voile couleur chair masque l’entrée du Temple car l’homme doit chercher seul la vérité. Elle sait qu’il existe un autre monde au-delà de notre conscience.

L’Impératrice est également assise, mais sur un trône visible, couleur chair, ce qui signifie qu’elle comprend les problèmes des hommes. Sa couronne coiffée de rouge indique son activité intérieure d’où naît l’intelligence. Par son sceptre, elle indique son règne sur les trois mondes : le ciel, la terre et le monde intermédiaire, le temps et la matière. Alors que la Papesse apparaissait secrète, muette, l’Impératrice est lumineuse et ouverte. Elle ne s’adresse pas qu’aux initiés mais à tout homme de bonne volonté.

L’Empereur a la mine sévère du guide qui veille à l’accomplissement du destin : il dirige le monde. Son action est au service de son intelligence, chez lui, la sagesse s’allie à la force. Sur son écu, posé à terre, l’aigle regarde dans la direction opposée afin de parfaite l’équilibre des contraires. Il règne sur le concret, construit à la fois le monde et l’homme. Il s’intéresse aux questions spirituelles – son vêtement est bleu – mais l’action (le manteau rouge) l’emporte sur la réflexion. Il n’est cependant pas brutal, mais domine par l’intelligence, le cœur et la raison.

Le Pape est assis sur un trône blanc, couleur de pureté car sa domination est occulte. Initiateur, il connaît les secrets mais attend qu’on vienne les lui demander. Il est assis entre deux colonnes, symbole de l’élévation de l’homme vers Dieu. Il travaille dans le monde matériel mais reste spirituel et consacre son énergie à aider les autres. Symbole de l’évolution morale et spirituelle, de l’ordre, du contrôle de soi, il concilie et adapte la science religieuse aux besoins des croyants, représentés agenouillés devant lui et d’une taille très inférieure à la sienne.

L’Amoureux est un jeune homme qui hésite entre deux femmes, l’une est jeune, blonde et souriante et vêtue du bleu de la spiritualité, l’autre – qui semble l’attirer davantage – est plus âgée et vêtue de rouge, plus active et énergique. Il est le Bateleur à la croisée des destins, un pied tourné dans chaque direction, symbole de son hésitation. Il doit choisir entre le vice et la vertu. Le soleil blanc, indice de pureté, dispense des énergies qui vont lui permettre de se déterminer. Cupidon s’apprête à l’aider dans son choix. Cette lame incite à se connaître soi-même, elle pose le problème du déterminisme et du libre arbitre ainsi que celui du manque d’expérience.

Debout dans le Chariot triomphal, le Bateleur a enfin choisi sa voie. Il a appris à se connaître et va de l’avant, tiré par l’action et par l’esprit. Il a résolu ses conflits, établi l’équilibre du corps et de l’esprit. Sa couronne d’or montre qu’il règne sur le monde physique, intellectuel et spirituel. Son air martial rappelle que la guerre qu’il a menée en lui-même n’est pas terminée. Son vêtement est rouge, donc il continue à être dans l’action mais son armure bleue le protège car l’esprit triomphe de la matière.

Comme l’Impératrice, la Justice est assise de face sur son trône. Elle a troqué le sceptre et l’écu contre une épée et une balance. A cette étape, l’homme entreprend son évaluation intérieure en pesant chacun de ses actes et en estimant ses expériences pour leur redonner leur juste valeur. Les plateaux de la balance rappelle la dualité du monde et l’équilibre que l’homme doit conserver. L’épée représente le pouvoir temporel apte à faire régner l’équité parmi les hommes. Il y a peu de couleur chair dans cette lame, preuve que la matière y est peu représentée. La couronne d’or indique que la Justice tient son pouvoir du Divin. Son trône est massif et inébranlable et ses deux colonnes, réunies par un voile, symbolisent le travail de la pensée sur elle-même. L’homme, face à lui-même, est appelé à mettre de l’ordre dans sa vie et dans son jugement. Il peut agir selon son libre arbitre mais la loi est supérieure à lui.

L’Hermite est le sage qui se retire dans le désert pour être en tête-à-tête avec lui-même et descendre au plus profond de son âme. La spiritualité, exprimée par le manteau bleu, contrôle les passions dégagées par la robe rouge. Ayant rétabli l’ordre en lui-même, il chemine en solitaire à l’intérieur de lui-même, muni de son bâton qui symbolise sa route et son combat contre l’injustice. De la lanterne jaillit la lumière qui éclaire les ténèbres mais celle-ci ne peut être vue par tous car elle est susceptible d’aveugler. Il est donc préférable de garder pour soi toute expérience mystique. Le rayonnement de la lanterne est aussi celui de l’intelligence personnelle de l’homme, son illumination individuelle. Seul face à lui-même, l’Hermite est un philosophe, un sage initiateur détaché des passions qui apporte son savoir et sa force intérieure.

La Roue de fortune a six rayons animés par la force divine. Elle est le symbole du mariage de l’âme humaine avec l’esprit divin. Elle rappelle les rythmes qui gouvernent les hommes, l’évolution du monde, l’éternel recommencement : c’est la ronde de l’univers, le jour qui succède à la nuit, la mort à la vie, c’est tout et le contraire de tout. Elle personnifie le destin, les cycles qui reviennent sans fin avec les mêmes joies et les mêmes épreuves.

La Force est une jeune femme mince car sa puissance est faite de douceur et de patience. Sa force est intérieure, elle est faite de bravoure et peut dompter par sa volonté seule les forces de l’inconscient. Sa coiffe en forme de lemniscat rappelle le chapeau du Bateleur. Sans effort, elle tient ouverte la gueule du lion car son arme est l’amour, elle personnifie la victoire de l’esprit sur la matière. Elle ne tuera pas cet animal car elle sait qu’il n’est pas nécessaire de donner la mort à ses ennemis pour les neutraliser, il faut plutôt essayer de s’en faire des alliés et utiliser leur énergie débordante. La Force est active et positive, elle capte la violence des instincts et les canalise. Elle est le triomphe de l’intelligence sur la brutalité.

Le Pendu est un sage, il a compris la vanité des ambitions terrestres et se sacrifie volontiers pour autrui. Son visage souriant et détendu montre qu’il n’est pas soumis à la torture. Il ne touche pas la terre car il s’est volontairement soustrait à ses influences intérieures et matérielles, mais son pouvoir spirituel est immense. Ses pieds et ses poings sont liés mais la volonté divine le dirige. Son âme est suspendue, solitaire, entre le ciel et la terre et la corde qui le lie représente le moyen et le désir de l’ascension. Les arbres qui forment la potence unissent le ciel à la terre et inversement, rappelant que la Table d’Emeraude, texte fameux attribué à Hermès Trismégiste, enseigne que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

Le treizième lame du tarot est souvent baptisé « la Mort » mais, et c’est sa particularité remarquable, elle est l’arcane sans nom. Le fait de pouvoir nommer un être ou une chose donne une emprise sur cet être ou cette chose. C’est la raison pour laquelle on donne aux initiés un nom secret, qui ôte à quiconque la possibilité d’exercer un pouvoir sur eux. La Mort destructrice n’a pas de nom puisqu’elle est opposée au Verbe créateur. Cependant, cette lame ne représente pas la mort physique, mais plutôt la transformation du néophyte en initié. Le noir de la terre sur laquelle marche le « squelette » représente l’oubli, qui est la nuit de l’inconscient. A l’oubli succède le souvenir, au sommeil succède l’éveil, à la mort succède la renaissance : c’est un rappel de la Roue de fortune. La faux jaune à lame rouge symbolise l’action consciente qui tranche les liens entre le moi et le corps physique. Le « squelette » a le pied gauche coupé, ce qui symbolise sa libération : il s’est coupé de ses liens terrestres, de son passé afin d’être indépendant mais les touffes d’herbe bleu et jaune font entrevoir une renaissance dans le monde spirituel. L’apaisement des passions terrestres donne l’indépendance et la liberté nécessaires à l’acquisition de la lucidité.

Tempérance est une femme ailée, mais sans couronne, donc sans pouvoir spirituel ou temporel. Elle verse pourtant de l’eau, origine de la vie, d’un vase bleu, donc spirituel, dans un rouge, susceptible de la transformer. Après l’Arcane sans nom, où s’est opérée l’œuvre au noir des alchimistes, avec Tempérance commence l’œuvre au blanc par la transmutation de l’eau, qui purifie la matière. La régénération apportée par cet ange permet à l’home de s’élever vers le Divin. La lame annonce le passage d’un état inférieur à un état supérieur. L’homme est encore dans les contraintes de la matière, mais il tend à s’en dégager. Il va retrouver sa liberté de conscience après avoir triomphé de nombreuses épreuves.

Le Diable, dont les ailes bleues rappellent l’état divin d’origine, est Lucifer, ange déchu sans réalité propre et qui n’existe que par et à travers l’homme, qui a corrompu ses instincts primitifs. Son épée est sans garde, donc difficile à tenir, est en contact avec le divin mais reste toutefois matérielle car le désir d’action du Diable se limite à la matière, sur laquelle reposent ses pieds. Les diablotins enchaînés, donc asservis aux contraintes de leurs passions charnelles, représentent les forces positives et négatives de l’instinct. Si l’homme veut sublimer ses passions, il doit transformer l’énergie sexuelle en force créatrice. La sexualité ne doit cependant pas être méprisée car elle est le seul moyen de transmission de la vie terrestre. Tous les hommes possèdent en eux une force génératrice mais ils ignorent souvent comment l’utiliser.

La Maison-Dieu présente une tour qui symbolise l’ambition terrestre, le désir humain de se rapprocher de la puissance divine. Comme le Diable qui veut se hisser à la hauteur de Dieu par des moyens matériels, elle manifeste l’œuvre de l’homme rempli d’orgueil. La foudre représente la justice divine. Dieu punit l’homme qui se divinise, grisé par le pouvoir et les moyens magiques. Mais la puissance divine est justicière tout en étant bénéfique car génératrice. La destruction de la tour permet de séparer l’utile de l’inutile afin que naisse une vie meilleure. Remarquons que seul le sommet de la tour est foudroyé, non l’édifice entier car les erreurs psychiques peuvent être surmontées, au prix du sacrifice des idées reçues.

L’Etoile représente la Tempérance nue comme la Vérité sortant du puits. Elle participe en pleine conscience au cycle de l’évolution. Tempérance transvasait un fluide d’un réceptacle à un autre, la jeune femme de l’Etoile les remet en circulation afin de nourrir l’humanité. Elle redistribue ce qu’elle a reçu. Il n’y a plus de dualité, l’Etoile est en union avec le Cosmos. C’est le premier arcane concernant le ciel et le cosmos. Arrivé à ce point, l’homme n’a plus à choisir sa route comme devait le faire l’Amoureux, son sort jusqu’à la Connaissance est tracé dans le ciel.

La Lune, arcane cosmique, la seule à ne contenir aucun personnage, est la parfaite représentation du principe féminin et de ce qui en découle. Elle symbolise la périodicité et le renouvellement permanent, mais c’est aussi la partie impalpable de l’individu, son inconscient. Après l’Etoile de l’évolution, la Lune invite à opérer un retour vers le passé, les origines de la vie voire le foyer de notre enfance. Elle rappelle que le futur découle du passé, tous deux indissolublement liés.

Le Soleil, emblème du Dieu majeur dans toutes les civilisations, représente l’esprit universel, l’intelligence cosmique. Source de chaleur et de vie, il symbolise la résurrection et l’immortalité. Si la Lune disperse les énergies, le Soleil les concentre, matérialise l’inspiration. Il est le triomphe de la matière, la connaissance, le savoir-faire. Pour l’alchimie, il est le début de l’œuvre au rouge, troisième partie du Grand Œuvre.

Le Jugement est annoncé par un ange fait de la même matière que l’homme, qui montre que chacun peut acquérir les ailes de la spiritualité s’il sait garder l’équilibre durant son ascension. Le néophyte, présenté nu et de dos car il est l’androgyne retrouvé puisqu’il n’y a plus de dualité, a vécu des épreuves initiatiques et, ayant franchi la dernière avec succès, renaît enfin d’un sépulcre vert, symbole de vitalité, couleur du Paradis terrestre. C’est la résurrection de la chair, mais c’est aussi et surtout une renaissance spirituelle. Dans cet arcane, l’ange n’est pas le juge mais seulement le héraut qui annonce à l’homme qu’il est temps de jeter un regard en arrière sur sa vie et d’en tirer profit.

Le Monde est représenté par des éléments divers reliés indirectement. La couronne est une mandorle, figure géométrique en forme d’amande dans laquelle s’inscrivent en général tous les personnages sacrés. C’est le Paradis retrouvé, le retour parfait à l’infini. Elle est aussi l’œuf cosmique, symbole universel du monde et de sa création. Au centre, la femme ou l’hermaphrodite danse. La danse religieuse et cosmique est un rite d’identification au Créateur et à la création qui rappelle l’action de Dieu.

Le Mat, appelé parfois « le Fou », est l’homme qui est passé par toutes les étapes de l’évolution et est parvenu à l’échelon supérieur. Depuis qu’il a franchi le seuil entre les deux mondes, il est loin du raisonnement des autres hommes, qui ne le comprennent plus. La raison humaine semble conduire à une impasse philosophique car elle est incapable d’imaginer un Dieu qui ne lui ressemble pas. Initié, il fait preuve d’humilité absolue car il sait toute la relativité de son savoir. Il a cru trouver et comprendre, mais il sait désormais qu’il doit chercher encore. La vie sommeille dans le minéral, s’éveille dans le végétal, s’organise chez l’animal et s’analyse chez l’homme puis, tout à coup, au-delà de l’homme on se trouve devant le Grand Inconnu. Il faut alors erreur dans la nuit, espérant que l’évolution permettra à l’homme d’atteindre la Sagesse suprême. C’est la liberté du Mat qui lui permet d’avancer. Cet arcane est celui de l’irrationnel antérieur à la naissance et postérieur à la mort. C’est aussi celui de la sagesse, qui nous met en garde contre les divagations de l’esprit en nous conseillant de ne pas sortir de nos limites.

(Source : Connaître et pratiquer les tarots, Sylvie Simon, Paris 1995)

Les lignes de la main
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Le Yi King

Yi représente un lézard, symbole de ce qui bouge sans cesse.
King signifie « livre révélé »
D’où la traduction : « le livre des transformations ».

Prolégomènes

Les Wou-King, livres canoniques qui renferment « la somme des expériences formulées et recueillies au cours des générations », appartiennent aux monuments littéraires les plus anciens. Leur texte est le résultat de la recension qu’en a fait Confucius (- 572, - 477), mais les parties les plus anciennes remonteraient aux premières dynasties (- 2000). La critique occidentale a tenté de distinguer les diverses couches de textes, rédigés à des époques fort différentes.

Le Yi-King est le premier, le plus ancien et le plus intéressant des Livres révélés, mais aussi le plus difficile à interpréter. « Premier effort d’une pensée libre de toute mythologie, premier effort aussi d’une représentation naturiste et symbolique du monde », sa portée est impossible à saisir à cause de notre connaissance insuffisante du milieu historique qui l’a vu se développer.

Son auteur serait le fabuleux Empereur Fo-Hi, considéré par les Chinois comme le véritable fondateur de leur Empire. Il aurait régné quelque trois mille ans avec notre ère actuelle. La légende chinoise le donne comme le fils d’un arc-en-ciel. Il aurait inventé l’agriculture, l’exploitation du sel, l’institution du mariage, le calendrier, la musique, le tissage des toiles et, surtout, l’écriture « par simples traits combinés de diverses manières », laquelle a précédé l’écriture hiéroglyphique.

Pour comprendre le Yi-King, il faut se rappeler que la religion impériale chinoise implique une très haute élévation de pensée, sous forme de naturalisme. Sa Loi était que : « le Bien est de vivre conformément à la nature des choses ». La base de cette morale s’appuie sur les trois normes, ou forces fondamentales : le Ciel, la Terre, l’Homme, chacune étant autonome mais toutes étant intimement liées. A condition de se trouver en parfaite harmonie, elles réalisent la perfection de l’Univers.

Le texte et son origine légendaire

Le livre comporte 64 hexagrammes que de nombreux commentateurs ont tenté de déchiffrer. Le texte primitif se limitait à huit trigrammes (koua) comprenant chacun trois lignes pleines et sectionnées. D’après la légende, l’empereur Fou-Hi vit sortir du Houang-Ho (appelé en Occident Fleuve Jaune) un cheval dragon qui portait sur le dos ces huit signes, sous forme de taches noires et blanches.

Ces signes sont les suivants :

Ciel                  Lac                  Tonnerre          Vent
_______          _______          _______          ______
_______          ___  ___          ___  ___          ______
_______          _______          _______          ___ ___

 

Montagne        Feu                  Fleuve              Terre
_______          _______          ___ ___           ___ ___
___ ___           ___ ___           _______          ___ ___
___ ___           _______          ___ ___           ___ ___

Par la combinaison deux par deux de ces trigrammes, on obtient 64 hexagrammes qui forment, avec leur signification symbolique, l’idée fondamentale du livre.

Chaque hexagramme se modifie par remplacement d’une ligne pleine par une ligne « sectionnée ». Ce sont les « transformations ».

Chaque hexagramme a une signification symbolique qui s’insère dans la réalité vécue par celui qui « questionne » le Yi-King. On trouve, par une méthode complexe (méthode traditionnelle) ou simple (méthode commerciale) l’hexagramme qui correspond à la demande et donne le dynamisme actuel du Cosmos en relation avec la question et avec le questionneur.

Les 64 hexagrammes possibles déterminent 64 dynamismes possibles et non des structures définitives car la philosophie chinoise liée au Yi-King se refuse à toute fixation. Le monde est mouvance et l’homme doit tenter de s’y inscrire harmonieusement.

Ce n’est que tardivement que les auteurs ajoutèrent les commentaires symboliques et poétiques. Les dynamismes indiqués par les hexagrammes sont décrits par des indications générales, brèves sentences morales, exemples ou citations. Cet aspect rend souvent l’interprétation difficile car il y a des indications de directions spatiales ou de membres spécifiques de la famille et ces éléments ne sont compréhensibles que si l’on sait ce que représente le Sud, ou le mur du Nord d’une pièce, la belle-fille ou le ministre dans une famille etc.

Selon l’enseignement de Confucius, la vision du monde prépare à une vision morale particulière. Les figures, notes et symboles de ce livre forment une cosmosophie dont les principes sont les suivants :

  • Le monde est basé sur deux principes : le Ciel, masculin et positif (Yang) et la Terre, féminin et négatif (Yin). Il existe une force supérieure assurant l’équilibre par interaction de ces deux principes. Yin et Yang sont toujours coexistants et de leur proportion découle le dynamisme de l’événement considéré. Dans toute obscurité, il y a de la lumière et dans toute lumière, il y a de l’obscurité ; ce qui change, c’est la part relative de lumière et d’obscurité et le dynamisme qui va soit vers plus de lumière, soit vers plus d’obscurité.

  • Les sages ancêtres sont supérieurs à l’homme. Il sied de leur rendre un culte permanent car ils peuvent être les protecteurs et les guides des vivants. Il existe aussi des morts qui hantent les champs et les demeures. Ces fantômes doivent être craints et il faut s’en protéger.

  • Le Sage doit équilibrer ses actes comme la Nature équilibre ses activités. Il doit proportionner ses actions à l’influence des saisons, être franc, courtois, éviter le moindre mensonge, supporter d’un visage égal fortune et infortune, se désintéresser des appréciations extérieures, se dévouer sans restriction à ses amis et sa famille, perfectionner ses aptitudes.

  • La divination, science des présages, permet de mieux orienter sa vie en prenant connaissance du dynamisme cosmique dans lequel on se trouve impliqué.

Les idées fondamentales du Yi-King

Le Ciel et la Terre forment l’élément fondamental. A l’origine, le Ciel était seul souverain suprême (Chang-Ti), à l’origine de tous les êtres, à la fois père et mère de la nature. Il était le symbole de l’inconditionné qui est à la source du conditionné, l’être absolu. Le premier koua fait du Ciel l’élément créateur, la force vitale générale qui conditionne l’origine, le progrès, la durée et la perfection de toute vie.

A côté de ce symbole apparaît sa manifestation féminine, l’antique divinité de la terre et des champs. L’antique Yi-King y voit le principe réceptif.

Mais le Ciel et la Terre ne sont plus deux êtres séparés, ils sont deux formes de l’être et de l’action de la Nature unique et de leur action réciproque est issue la multitude des êtres. Le troisième koua appelé Tchoum est l’image du bourgeon sortant de la terre.

L’idée fondamentale de la philosophie du Yi-King réside en cet antagonisme originel des forces d’où sort la vie sous ses formes définies. Toute la vie provient du conditionnement mutuel des contraires : « Les oppositions ne doivent pas exclure les possibilités d’harmonie, elles marquent bien plutôt les vicissitudes d’un rythme ». Autant dire que la notion de Yi, changement, mutation, recèle un sens intrinsèque et que le devenir ne se réduit pas à une résultante de la rivalité entre Yin et Yang. Selon les proportions variables d’un de ces deux facteurs, un être ou un événement change d’aspect. Il est dans la nature des choses qu’elles oscillent entre telle ou telle manifestation.

Une unité de plus ou de moins dans l’un des contraires a une signification qualitative. Elle peut devenir indice ou cause d’une métamorphose intégrale. Si l’on sépare complètement Yin et Yang, il n’y a plus de manifestation possible. Réunis et indissociables, ils constituent l’Un du Tao et forment l’androgyne dynamique sans lequel rien ne peut être produit.

En guise de conclusion

Chez tous les anciens peuples, l’ésotérisme religieux et la philosophie se sont toujours dissimulés sous les voiles d’un mystère. Le caractère du Yi-King primitif, avec sa cryptographie et ses explications codées, n’y fait pas exception. Il reste néanmoins la condensation de la sagesse d’innombrables initiés.

Source :

Yi-King, le livre des transformations. Version allemande de Richard Wilhelm, traduction française Etienne Perrot.  Paris 1994.

Le pendule et la divination

La radiesthésie est l’art de capter les ondes émises par les objets ou les personnes, de percevoir leur nature et leur composition et éventuellement de déterminer l’endroit précis où ils se trouvent. Autrement dit, c’est d’une certaine manière l’art de voir l’invisible, une « prise de conscience » et la capacité à ressentir les vibrations. Elle est associée à l’utilisation du pendule.

Celui-ci est un amplificateur, un prolongement du corps humain et, plus précisément, de la main. Il réagit à l’aura ou à la vibration de l’onde dégagée par l’objet ou la personne

Plusieurs théories tentent d’expliquer ce phénomène. L’une d’elle fait intervenir le don personnel du praticien qui, sans intervention extérieure hormis son subconscient, oriente le pendule dans un sens plutôt que dans un autre. Une autre explique les mouvements du pendule par les « ondes de formes », l’énergie émise par l’élément étudié et qui diffère selon sa forme et sa nature.

On fait appel à la radiesthésie depuis fort longtemps dans les campagnes. Une inscription rupestre bretonne donne un signe de son usage vers – 4500 ans (avant notre ère). Il n’est pas rare, y compris de nos jours, que l’on appelle le sourcier pour déterminer où passe l’eau sous un terrain et, ainsi, creuser un puits ou pratiquer un forage. Le praticien est muni d’une baguette bifurquée, qu’il tient fermement de ses deux mains. Le mouvement imperceptible, souvent de bas en haut, qu’il va ressentir dans la baguette lorsqu’il passe sur l’emplacement où se trouve l’eau lui indique, à coup sûr, où il faut creuser. Ce mécanisme de détection a été étudié par les scientifiques mais il se refuse encore, pour le moment, à toute théorisation. Il semble dépendre de champs énergétiques associés à des réseaux telluriques.

Dans l’Antiquité, on attribuait déjà au bâton la qualité de médiateur des puissances divines. Il symbolise en effet l’un des quatre éléments de la création, l’air, qui relie « ce qui est en bas à ce qui est en haut », comme le précise la Table d’Emeraude, ouvrage hermétique majeur. Moïse ne manifeste-t-il pas la puissance de Dieu à travers son bâton ? Il semble également que dans l’Egypte ancienne, on pratiquât la divination par la baguette (rhabdomancie). C’est d’ailleurs à cet usage divinatoire qu’est cantonnée la baguette jusqu’au XVème siècle.

La première description « scientifique » d’une baguette de sourcier date de 1540. Elle figure dans l’ouvrage majeur de l’archéologue allemand Georgius Agricola (1491 – 1555), De Re Metallica, consacré aux techniques minières et au travail du métal. Considéré comme le « père » de la minéralogie et de la sidérurgie, il était également alchimiste.

En 1854, un chimiste français, Eugène Chevreul, rédige un rapport pour l’Académie des Sciences intitulé De la baguette divinatoire, du pendule dit explorateur et des tables tournantes. Il y présente des travaux expérimentaux sur cette force inconnue mais conclue néanmoins qu’elle résulte de petits mouvements musculaires inconscients, dont la cohérence lui semble le fait de l’autosuggestion.

L’apogée de l’occultisme, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, porte au pinacle la technique du pendule en divination. A la fin des années 1920 naît le terme « radiesthésie », qui signifie littéralement « sensibilité aux radiations ». Cette nouvelle théorie présente le praticien radiesthésiste, qu’il se serve d’une baguette ou d’un pendule, comme un être capable de détecter et d’amplifier un signal composé d’ondes auxquelles il se révèle sensible.

En 1962, Yves Rocard, directeur du laboratoire de physique de l’Ecole normale supérieure de Paris, tente d’élaborer une théorie sur le biomagnétisme humain dans son livre, Le signal du sourcier. Il rédigera par la suite un Que sais-je sur les sourciers. Ces publications cautionnent bien évidemment tous les travaux ultérieurs liés au magnétisme humain.