Petite page d’histoire
Le fondateur du bouddhisme s’appelle Siddharta (celui qui a atteint son objectif) Gautama. Le récit de sa vie, dont la première trace écrite date de plusieurs centaines d’années après sa mort, mêle le merveilleux et les faits historiques. Quoiqu’il en soit, il aurait vécu au VIème siècle avant notre ère et serait mort à l’âge d’environ 80 ans. La tradition pali (langue indienne parlée dans le Maghada, région à l’est de l’Inde, lieu de naissance du Bouddha) fixe ses dates à 624 et 544 avant notre ère. Toutes les traditions s’accordent à dire qu’il est contemporain des souverains de Magadha Bimbisata et Ajatasattu.
Siddharta était le fils du roi de Kapilavastu, fédération de tribus sakyas. Comme tous les enfants nobles de l’époque, il étudie les lettres, les sciences, les langues et la philosophie hindoue auprès d’un brahmane érudit. Il s’initie également à l’équitation, au tir à l’arc et à l’art du combat à pied. Il apprend également la musique et la danse. Vers 16 ou 20 ans, il épouse sa cousine, fille d’un seigneur voisin et le jeune couple aura un fils.
Mais le prince s’ennuie. La légende raconte qu’au cours d’une promenade, il aurait rencontré un vieillard, un malade couvert de boutons purulents, une famille éplorée conduisant un défunt vers le bûcher et un moine mendiant quêtant sa nourriture. Il aurait alors compris que si sa condition sociale le mettait à l’abri du besoin, elle ne l’empêcherait pas de vieillir, de tomber malade ou de mourir. Une nuit, il quitte son palais à cheval avec un serviteur. Arrivé dans un bois, il remet tous ses biens à son compagnon pour endosser la tenue d’un simple chasseur. Il lui demande alors de saluer toute sa famille et de l’informer qu’il les quitte pour chercher la voie du salut.
Siddharta va vivre six années de mortification et d’austérité, sans pour autant accéder à un état supérieur de conscience. Il va désormais préconiser une voie moyenne, refusant les excès comme le dénuement excessif. Puis il se concentre sur la méditation, inspiré par le souvenir d’un instant de bien-être spirituel ressenti lorsqu’il était enfant et que, assis sous un arbre, il avait assisté à la cérémonie d’ouverture des labours présidée par son père. Il s’installe alors sous un ficus et fait vœu de n’en bouger que lorsqu’il aurait atteint la Vérité.
Bouddha (l’éveillé) a accédé à l’éveil une main posée sur le sol, prenant ainsi la terre à témoin de ses mérites passés. Il parvint à la compréhension de la nature, des causes de la souffrance des hommes et des étapes nécessaires à son élimination.
Il insistera toujours sur le fait qu’il n’est ni un dieu, ni un prophète et que l’éveil n’implique aucune intervention surnaturelle mais une simple attention particulière portée à la nature de l’esprit humain, ce qui est à la portée de tous.
Pendant quarante-cinq ans, Bouddha va se déplacer dans toute la région du Gange et de ses affluents. Il enseigne sa pratique méditative et fonde une communauté, le Sangha, afin que ses enseignements puissent se perpétuer. Cette école bénéficiera du soutien actif des rois de Magadha.
Au soir de sa vie, il demanda à son disciple Ananda de lui préparer un lit entre deux arbres et, après avoir rassuré l’homme qui lui avait préparé son dernier dîner, s’éteignit tranquillement. Sa dernière phrase résume, à elle seule, sa philosophie : « L’impermanence est la loi universelle. Travaillez à votre propre salut ».
Les idées fondamentales du bouddhisme
D’une manière semblable aux enseignements hindouistes de l’époque, le Bouddhisme enseigne la loi du Karma (actes), qui régit nos existences. Chacun de nos actes laisse une trace indélébile, chacune de nos pensées demeure et laisse son empreinte sur notre destin. Notre responsabilité devant le destin est donc totale et elle s’étend à nos vies successives car l’existence actuelle n’est une petite partie de la destinée de l’âme. Celle-ci est amenée à connaître divers sorts dans le lent pèlerinage des existences qui ne sont que la conséquence d’actes antérieurs. Une certaine détermination règle donc nos actes présents : notre liberté est relative.
Il résulte de la loi du Karma que l’homme ne doit ni tuer, ni voler, ni mentir, ni s’adonner au vice, ni faire de mal à autrui de peur de voir sa destinée entachée pour longtemps. Pour atteindre la voie du salut, il faut être pur et libre de toute imperfection.
Cette voie est balisée par quatre Nobles vérités :
- la Vie est nécessairement souffrance car l’on est inévitablement amené à désirer ce qu’on ne possède pas et à côtoyer des choses que l’on n’aime pas ;
- la cause de cette souffrance est l’ignorance de la présence de ce désir ;
- pour faire cesser cette souffrance, il faut abandonner le désir ;
- pour y parvenir, il suffit de suivre les huit chemins : la vue juste, la volonté juste, la parole juste, l’action juste, la manière de vivre juste, l’effort juste, l’attention juste, la méditation juste.
Le sage est sans désir. Serein, il voie venir à lui deux voies : la première, Metta, est le bien-être dans l’infini, dans l’absence de tout lien avec les objets et les êtres de ce monde ; Karuna est la seconde, elle est la sympathie qui fait participer à la souffrance de chacun. Détaché de toute participation, le bouddhiste parvient à la véritable compassion, indiscriminante et indiscriminée.
Par le détachement total (Hinayana ou Petit Véhicule), le sage parvient à une forme de fusion totale, de plénitude hors de tout ego et de toute référence à un centre individuel de conscience. C’est le Nirvana, qui n’est pas le néant mais l’issue hors de toutes les illusions créées par les sens, les émotions, l’affectivité et l’intellect. Le Samsara, c’est-à-dire la vie telle que nous la connaissons : l’ensemble des lois de cause à effet, liées au karma, qui nous amène d’une existence à l’autre, n’a plus de raison d’être et l’on « sort » de ce cycle.
Par la compassion (Mahayana ou Grand Véhicule), le sage serein et détaché de tout désir personnel, exprime son désir d’aider les hommes et de revenir sur terre comme boddhisattva (à l’image du Bouddha) pour éclairer l’humanité jusqu’à ce que toute souffrance ait disparu de la Terre.
Doctrines du bouddhisme
Après sa mort, le Bouddha fut divinisé par ses disciples et le bouddhisme se divisa en plusieurs sectes concurrentes. Certaines Vérités restent cependant immuables, notamment l’impermanence : tout est mouvant. Cette notion s’applique au bouddhisme lui-même : il ne peut donc être dogmatique et rigide mais doit pouvoir changer. Chaque école s’accorde donc simplement à déterminer quelle vision des textes bouddhiques lui semble la plus cohérente, tout en acceptant qu’il en existe d’autres.
Les textes bouddhiques sont assemblés en deux groupes suivant la tendance générale de leur enseignement : Grand ou Petit Véhicule.
Le bouddhisme tibétain s’appuie sur la base du Grand Véhicule, la compassion. Elle a développé des techniques de méditation, de maîtrise des états de conscience et de création du « corps subtil ». Pour parvenir à rester maître de son existence post mortem, il faut parvenir à maîtriser les divers aspects de la conscience, même lorsqu’il n’y a plus de références matérielles rassurantes. Lors de la mort, par les pensées qui viennent alors, on « crée » des divinités favorables (on dirait également des « formes pensées ») si l’on est détendu et heureux et si l’on a eu une vie « juste ». Ces divinités seront courroucées et violentes si l’on est empli de haine et de culpabilité. L’âme effectue alors un trajet immuable : rencontre avec les lumières, couleurs et divinités dans les cinq directions (les quatre direction et la cinquième, centrale) afin de parvenir des pesanteurs. D’où la lecture du Livre des morts (Bardo-Thödol) lors de l’agonie et après le décès, afin de rappeler au défunt ce qu’il lui faut faire. L’idéal est d’avoir créé, au cours de sa vie, un corps subtil suffisamment solide et structuré et de parvenir à maîtriser ses états de conscience afin que, à la dernière respiration, on quitte son corps grossier pour se mettre dans son corps subtil et poursuivre son chemin. Ce procédé est semblable à celui des Egyptiens de l’antiquité.
Le bouddhisme Zen s’appuie sur le Petit Véhicule et vise au détachement aussi total et rapide que possible. On doit rechercher la vacuité au moyen de la méditation silencieuse et dénuée de toute imagerie.
Tout culte rendu à Bouddha consiste dans l’identification à ses qualités afin de les faire siennes. Les disciples propagent à la fois sa morale négative (ne pas nuire) et positive (donner), sa charité, sa solidarité.