L’occultisme est apparu au XIXème siècle sous deux aspects : philosophique et sociologique. On peut critiquer sévèrement ce mouvement en ce qu’il a eu de hâtif et superficiel et parce qu’il a été diffusé et vulgarisé par l’une des plus abondantes littératures mystico-magiques de tous les temps. Il a su provoquer la confusion des idées et des valeurs et ses effets néfastes se ressentent encore aujourd’hui. Infantile, maladroit et naïf dans sa formulation théorique, il a cependant constitué une contestation riche et vivante de la civilisation technologico-scientifique et a provoqué des expériences intérieures authentiques et vivantes. L’occultisme a eu le mérite de poser le problème de la permanence d’une « religiosité seconde » qui ne se satisfaisait plus des enseignements des grandes religions traditionnelles. Les abstractions des nouvelles philosophies étaient tout aussi étrangères à l’occultiste que les théories de la science.
Dérivé de l’adjectif « occulte », qui signifie « caché », le terme d’occultisme est apparu dans les années qui ont suivi la mort d’Eliphas Lévi, pseudonyme de l’abbé Constant (1810 – 1875). Il existait cependant depuis de nombreuses années dans la littérature ésotérique et notamment depuis le XVIème siècle, lorsque Cornélius Agrippa avait publié son célèbre traité De Occulta Philosophia. Dans cet ouvrage, sont présentés rassemblés en un seul système philosophique, des enseignements d’origine à la fois orientale et occidentale et d’influence mystique et religieuse très diverse : pythagorisme, gnosticisme, kabbale, hermétisme, alchimie, astrologie, magie. Ces doctrines ont en commun leur caractère ésotérique et initiatique. Elles sont « cachées », au sens où toute vérité d’ordre essentiellement intérieur à l’homme demeure difficile d’accès pour l’homme extérieur, le « profane » qui ne sait pas l’observer, encore moins la contempler.
Le syncrétisme composé par Agrippa révélait le désir des humanistes du Siècle des Lumières de vois ressusciter le « savoir perdu » de l’Antiquité. Ce désir s’est prolongé jusque chez les occultistes de la fin du XIXème siècle, où il s’est traduit sous une forme plus populaire. Ses tenants se sont alors opposés au mouvement « orientalisant » constitué par les « théosophes ». Le théosophisme est né en 1875 aux Etats-Unis, lors de la fondation de la Société théosophique par Helena Petrovna Blavatsky et le colonel Olcott.
C’est en liaison avec la branche française de cette société que Papus (le Dr Gérard Encausse, 1865-1916) le plus fécond et le meilleur porte-parole de l’école « néo-spiritualiste » publia ses premières œuvres sur l’occultisme contemporain. Par la suite, il opposa la tradition helléno-chrétienne occidentale à l’enseignement « orientalisant » de la théosophie.
Malgré les dissensions et les polémiques, occultisme et théosophie présentent des analogies. Leur philosophie générale et proche car ils envisagent tous deux de combattre le matérialisme et souhaitent « rappeler au monde le principe de la fraternité humaine », comme l’a souvent proclamé Blavatsky.
A l’aube du XXème siècle, le groupe des occultistes rassemblait des peintres, des romanciers, des médecins, des pharmaciens, des chimistes. Ses travaux sont illustrés par les œuvres de Stanislas de Guaïta (1861-1897), Joséphin Péladan (1850-1915), Paul Sédir (pseudonyme de Yvon Le Loup, 1871-1926), Grillot de Givry (1874-1929), Paul Choisnard (1867-1930), Ernest Bosc (1837-1920), Albert Jounet (1860-1923), Marc Haven (Dr Emmanuel Lalande, 1868-1926), Charles Barlet (Albert Faucheux, 1838-1921) et enfin de Papus. On y trouvait également des éditeurs comme Chamuel, rue de Trévise à Paris ou encore un bibliothécaire tel que Augustin Chaboseau, fondateur avec Papus de l’Ordre martiniste. Ce mouvement ésotériste chrétien qui existe toujours s’affirme, par la pensée, disciple de Louis-Claude de Saint-Martin. Son premier « Suprême Conseil », l’organe dirigeant, fut constitué en 1891.
S’il faut extraire de la littérature occultiste les influences majeures, citons l’œuvre d’Eliphas Lévi, dont Barlet fut un disciple, celle de Saint-Yves d’Alveydre (1842 – 1909), auteur de l’Archéomètre et le concepteur de la notion de synarchie, et enfin l’enseignement spirituel du thaumaturge, thérapeute et mystique lyonnais, Nizier Philippe, plus connu sous le nom de « Maître Philippe de Lyon ».